Les jeunes caldoches
Calédonien de la première génération, je n’ai jamais compris les différences qu’il pouvait exister entre les jeunes Calédoniens. Jusqu’à il y a peu de temps. En effet, en observant la jeunesse Calédonienne on peut voir qu’elle se divise en trois parts plus ou moins égales.
D’une part, l’on trouve les jeunes océaniens qui se rassemblent du fait de leur culture qui reste-pour l’instant- en opposition avec la culture individualiste occidentale. Je ne m’épancherai pas. Il suffit de faire un tour sur les baies ou dans une fête chez des jeunes, pour bien comprendre le modèle ségrégationniste de notre petite île. Pour l’instant, le destin commun n’a de commun que le nom. Les kavas restent le seul lieu de rencontre interethnique. Mais doit-on boire du kava pour pouvoir se rencontrer ?
D’autre part, on trouve les jeunes métros, les déracinés, les expatriés finalement revenus au pays. Bref ceux que l’on ne pourrait pas différencier de n’importe quel jeune de France. A noter évidemment qu’ici le climat rend plus grand, plus fort et plus intelligent qu’ailleurs. Je ne m’épancherai pas non plus là-dessus, tout le monde le sait.
Et enfin, on trouve les natifs d’origines Européenne ou métis. Ceux qui ont passé toute leur vie ici et qui y ont leur famille. Je fais parti de cette catégorie. A noter que cette catégorie est plus grande, plus forte et plus intelligente que la précédente. Sans plaisanterie, il s’agit selon moi de la population la plus intéressante au point de vue sociologique.
Je m’explique : les jeunes Calédoniens-Caldoches d’aujourd’hui (ceux qui ont entre 20 et 30 ans) ont grandi dans les années 90, après les évènements. Il faut bien comprendre que les choses étaient complètement différentes avant les accords de Matignon-Oudinot et encore bien différentes avant les accords de Nouméa. Même si, du fait de notre âge et de notre zone d’habitat, nous n’avons pas eu à souffrir considérablement des évènements. Il y avait un climat, une ambiance, une sorte de sentiment de méfiance vis-à-vis de l’autre. Certainement transmis par nos parents d’ailleurs.
Bref, on vivait entre nous. Je me rappelle très bien ne plus vouloir me faire d’amis parmi les enfants de métro parce qu’ils repartaient tous toujours au bout de quelques années. Au final, on restait entre nous. De plus, lorsque j’avais 16 ans en 1997, la population de Nouméa était de 70000 habitants. Aujourd’hui nous sommes pratiquement 100000. Et je ne compte même pas le Grand Nouméa. Grosso modo, cela voulait dire que tous les jeunes d’une même génération se connaissaient. Pas parfaitement, de loin bien sur. Mais en tout cas on se reconnaissait. La preuve aujourd’hui lorsque je croise une personne originaire du caillou qui a mon âge, on fini toujours par se rendre compte que l’on a des connaissances en commun. Dans les années 90, Nouméa était un petit village.
Le problème –parce qu’il y en a un- c’est que beaucoup de jeunes Calédoniens n’étaient pas préparés à l’accroissement de la population qui a suivi les accords de Nouméa. On a cru –inconsciemment- que les nouveaux arrivants repartiraient. En Calédonie on est plutôt timide et introverti. C’est comme ça. Alors on est resté entre nous. Mais on s’est, selon moi, tiré une balle dans le pied. Les nouveaux arrivants, démmerdares pour la plupart, ont fait feu de tout bois. Or nous aurions du prendre en main le changement, c’est-à-dire créer les associations, gérer les manifestations (culturelles et festives j’entends…), accompagner le développement, élaborer nos propres outils de développement. Bref, prendre les choses en main. Et garder le contrôle afin d’être fier de nous et de vivre dans un pays un peu plus ouvert et un peu moins dépressif. C’est dingue quand même à quel point les Calédoniens se sous-estiment ! Non mais regardez les dans des entretiens d’embauche : c’est pitoyable. Lorsque j’ai du faire un module pour former des jeunes à des entretiens j’ai passé mon temps à leur expliquer comment se vendre, quitte à en faire trop. J’ai même entendu les stupides « j’vais faire de mon mieux », « je crois en être peut-être capable », « je verrais bien si ça marche ». Bien évidemment avec de tels arguments ils se font magnifiquement jeter.
Et résultats ils sont continuellement sur la défensive et partent en vrille dès la première pseudo-attaque sur leurs avantages acquis. (Cf. les grèves actuelles)
Le pire aujourd’hui, c’est ce vase clos dans lequel ils continuent à s’enfermer. Regardez-les nos presque-trentenaires, en soirée, en vacance, au boulot. Où est l’ambition, où est l’assurance, où est l’imagination ? Ce pays est en plein boum et ils regardent passer le train.
A mon moindre niveau je vois finir le monde ancien, et aucun de mes amis ne s’en rend compte.
Conversation avec la France
Moi : Qu’est-ce qu’un millier d’années pour toi ?
La France : Comme une seconde.
Moi : Qu’est-ce qu’un million de francs pour toi ?
La France : Comme un centime.
Moi : Puis-je avoir un centime ?
La France : Attends une seconde…
Petit WE à l’ile des Pins
Voici quelques unes des perles qu’on a sorti à Kanumera et ailleurs…
- “Mais, elle est beaucoup trop salée cette eau!”
- “Il fait chaud mais ça va. On est pas non plus dans un pays tropical…”
- “Il y a beaucoup trop de sable sur cette plage”
- “Il fait tellement chaud que sur le thermomètre, on peut lire: Voir colonne suivante”
- “Si on avait un bateau de plus de 9m, on pourrait faire des mariages”
- “Regardez des dauphins!!!” “Du calme, les filles, du calme. Ce ne sont que des globicéphales. Pas de quoi en faire un plat”
- “Si elle, elle a vu des dauphins, alors moi, je veux voir des tortues”
- “Ma tante s’appelle Robert” j’suis sur que c’est ça” “Presque. C’est “Ma femme s’appelle Maurice”, mais on va pas chipoter”
- “Si l’on habite trop longtemps à l’ile des Pins, on devient un cocotier”
- “Son maillot de bain est si petit qu’on dirait qu’elle ne l’a pas encore acheté”
Ma préférée:
- “La pirogue c’est le genre de balade qui commence à 8h et, après trois heures, vous regardez votre montre et il est 8h20″
Prenons la ville par le bon sens.
Ce matin, je devais me rendre de port Moselle au Haut-commissariat. Rien de bien compliqué dans l’absolu. D’ailleurs sur google earth on voit que cela représente 3,4 km. De plus j’habite au centre-ville, je suis donc à côté.
Alors si vous devez faire un jour pareil que moi, voici la marche à suivre:
- Départ devant le siège du Gouvernement. Vous pouvez pas vous tromper, c’est là que se trouve la trentaine de grèvistes de la DTSI.
- Ensuite allez dans la direction des grèvistes de la DBAF qui sont généralement positionnés sous le flamboyant.
- Tournez à droite vers le Mc Do. A l’odeur vous devriez trouver.
- Une fois au Mc Do tournez à gauche vers la file de trente personnes qui font la queue pour acheter un paquet de clope à la station Mobil.
- Continuez vers le nord rue Clemenceau en direction du sitting organisé par le SLUA dans les jardins de la bibliothèque municipale pour l’emploi local.
- Une fois rue Anatole France, remontez vers la rue Sébastopol en suivant la manif de la SNETAA contre la suppression de l’indexation. Attention de ne pas la louper car la rue est depuis hier en sens unique. Au pire garez-vous.
- Faites attention à ne pas les confondre avec les manifestants de la Fédération des fonctionnaires qui eux vont s’arrêter au congrès.
- Si vous êtes fatigué à ce moment là, n’essayez pas de vouloir acheter des clopes au buraliste du boulevard Vauban: il n’en a plus.
- Arrivé rue de la République cherchez du regard les banderolles FO, FSU et UNSA. Allez dans leur direction.
- Faites attention à ne pas les confondre avec les banderolles du SNES, eux ils sont en face au Vice-rectorat.
- Une fois au Haut-ssariat, faites ce que vous avez à faire.
- Pour reprendre votre voiture je vous conseille de péter la vitre du magasin de fringue à l’angle des rue de la République et Sébastopol. Normalement un des six fourgons de la Police Nationale devrait vous emmener à l’Hotel de Police. Une fois les formalités d’usages accomplies vous ne serez plus qu’à 300m de votre voiture.
Elle est pas belle la vie?
Gouverner c’est prévoir…
Il y a maintenant deux mois j’ai du appelé la Drhfpt.nc (Direction des Ressources Humaines de la Fonction Publique de Nouvelle-Calédonie) pour connaître les dates des concours des collègues surveillants. Il était à l’époque impossible de se renseigner par internet, la réactualisation de leur site n’étant pas leur priorité.
Je n’avais pas réussi à les joindre car ils étaient en grève. En effet, je ne sais pas quel est le petit malin issu de ce service extrêmement complexe qui s’est rendu compte que la barre salariale n’avait pas été rectifiée (c’est-à-dire augmentée) depuis 2003. Mais une chose est sûre, il aura été un sacré grain de sable. Les agents de ce service se sont mis en grève pour demander une revalorisation de leur salaire sous la forme d’une prime mensuelle (échelonnée de 18000 à 36000F/mois selon les postes).
Le problème c’est qu’ils l’ont obtenu. Je ne dis pas qu’ils n’auraient pas dû, ou que cette prime n’était pas méritée. Mais en revanche il est évident qu’il s’agit d’une erreur politique grave que d’accorder à un seul service, d’un organisme aussi important que le Gouvernement, des avantages sans pour autant considérer les autres divisions. Il est reconnu qu’une entité chargée de diriger une collectivité locale fonctionne comme une unité organique et systémique, et non comme une entreprise dont les différents secteurs seraient indépendants les uns des autres.
Edgard Morin disait : « Il faut penser global pour agir local ». Dans le cas présent, le gouvernement a pensé à l’échelle microscopique. Ils ont ouvert - sans le savoir ?- la boite de Pandore de la fonction publique. Comment a-t-on pu imaginer une seule seconde que les autres agents resteraient bras-ballants à regarder leurs collègues obtenir une augmentation ?
En quinze jours, sur les 15 divisions que comportent les services du Gouvernement, à ma connaissance, huit se sont mises en grève. Parmi elles, pour l’instant, seules la DENC (enseignement primaire), l’Aviation Civile et les services hospitaliers se sont remis au travail. Non sans avoir obtenu quelques compensations financières.
Celles qui restent sont, et de loin, les plus importantes. Les services fiscaux (DSF), les mines et l’énergie (DIMENC), le budget (DBAF), les services informatiques (DTSI), les transports (DITTT), les affaires juridiques (DAAJ)
Il faut bien comprendre -pour ceux qui se moquent qu’il n’y ait plus de tabacs dans les kiosques- que l’absence de cigarette n’est que la pointe émergée de l’iceberg. La DSF contrôle la régie du tabac, certes. Mais elle gère également les taxes, les impôts, les prélèvements, les droits de succession, le mécénat…Sans elle, il n’y a pas de recette.
Les mines et l’énergie accréditent le départ de nos produits miniers, permettent l’arrivée sur le territoire du gaz, de l’essence, du kérosène…Sans les services informatiques il est impossible de s’informer des derniers décrets mis en application. De toute façon, il est vrai que la DAAJ étant en grève, aucun BO ne peut sortir du Gouvernement. Soit dit en passant, si le gouvernement ou le congrès venait à promulguer une loi de pays, celle-ci ne pourrait pas être mise en application car elle ne serait pas publiée sur le Journal Officiel de Nouvelle-Calédonie.
Je sais de source plus ou moins sure que le traitement des 22000 agents de la fonction publique territoriale n’est pas acquis. Les services du budget étant en grève, la solde ne sera peut-être pas donnée à temps (c’est-à-dire généralement entre le 22 et le 26 du mois). Pour ce qui est de l’enseignement secondaire, le problème se pose également. Les crédits alloués aux fonctionnaires d’état semblent passer par les services du territoire. Je ne connais pas grand-chose au budget et à la comptabilité mais je sais reconnaître l’inquiétude qui se dégage dans les services. Que se passerait-il si les 4500 enseignants et personnels de l’éducation n’étaient pas payés à temps ?
Gouverner c’est prévoir, définir des priorités. Sur ce coup là, notre Gouvernement n’a pas été à la hauteur. Deux citations résument ma pensée sur ce plan là :
- « Gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare »
Michel Audiard
- « Pour gouverner, il faut un gouvernement »
Raymond Barre
Mais en avons-nous seulement un ?


